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REGISTRES DU BUREAU
[i565]
DCXCV. — Lettres du Roy portant creance sur mons" l'Evesque d'Auxerre. Lettres de la Royne. Grandes gele'es et grandes eaues.
i4 février i565. (H 1784, fol. 292 v".
De
PAR LE
Roy.
«Escript à Thoulouse, le xiiii" jour de Febvrier 156.5 <2'."
Signé : CATHERINE. Et au dessoubz : de L'Aubespine.
Et au dos est escript ce qui ensuict : A Messieurs les Prevost ies Marchans et Eschevins de la ville de Paris.
En ceste presente année mil vc Ixiiii, selon l'an­tienne coustume, et v°lxv, selon l'edict du Roy(3>, a esté plus grand hyver qu'on vist il y a cent ans -W ; car depuis le lundy, xvm° Decembre, que commença la neige, jusques au jour sainct Mathias, xxiiii6 jour de Febvrier ensuivant, il n'a pas cessé de geller et neiger de telle aspreté que le pain gelloit, les pierres fendoient, mesmes ceulx du Louvre qu'on avoit amenées pour le bastiment du chasteau, de sorte que par deux fois,, l'une au commencement de Janvier, la riviere a esté prinse, et encores au moys de Febvrier, mesmes,, led. jour sainct Mathias, la riviere estoit prinse et gella, led. jour, bien fort, mais sur le soir le temps se commença à amorir et la neige à fondre, qui a tellement augmenté la ri-
"Tres chers et bien amez, nous avons donné charge à l'evesque d'Auxerre '•', conseiller en nostre Conseil Privé, present porteur, vous faire entendre le contentement que nous avons du bon et sage de­voir que vous avez faict et faictes ordinairement à contenir toutes choses cn la paisible tranquilité quc nous desirons, et autres choses dont nous l'avons chargé, dont nous vous prions et mandons le croire, tout ainsi que vous feriez nous mesmes. Donné à Thoulouse, le xjuie jour de Febvrier i565.n
Signé : CHARLES..
Et au dessoubz :, de L'Aubespine.
«Messieurs, je nay pas voullu que l'evesque d'Auxerre s'en allast sans ceste lectre, avecques charge de moy de vous faire entendre le grand con­tentement que nous avons du songneulx et grand devoir quc vous avez faict,, cesjours passez, de vostre parla maintenir toutes choses en repos, et vous dire aussi aucunes autres choses, dont je vous prye le croire, tout ainsi que vous feriez nous mesmes ; priant Dieu, Messieurs, qu'il vous ayt en sa garde.
(-) Philibert Babou de la Bourdaisière, fils de Philibert Babou, trésorier de France, et de Marie Gaudin,, dame de la Bourdai­sière, d'abord évèque d'Angoulême après la mort de son oncle, Jacques Babou, obtint, le 12 septembre i553, le. poste de maître des Requêtes de l'Hôtel, et fut appelé à l'évêché d'Auxerre, le 18 juin i563. La Reine Mère lui avait confié l'éducation d'Hercule de Valois, depuis duc d'Alençon et d'Anjou, resté à Saint-Germain durant son absence; lors de ce voyage à Paris, il était chargé de faire une sorte d'enquête sur le conflit qui s'était élevé entre le maréchal de Montmorency et le cardinal de Lorraine, et rendit compte de sa mission à Catherine de Médicis par une lettre conservée dans le n° 6621 du fonds français, fol. 93; dans une dépêche datée du mème jour, Charles IX annonçait au maréchal de Montmorency l'envoi de ce personnage. (Cf. H. de la Ferrière, Lettres de Catherine de Médicis, t. ll, p. 264; A. de Rubie, François de Montmorency, p. 267.) L'évêque d'Auxerre, créé cardinal par lé pape Pie IV, le 4 mars i56i, était resté six ans à Rome en qualité d'ambassadeur de France; pendant son absence-, son temporel avait été saisi; le 3i août i564, la Parlement, à la requête du prélat,.ordonna la mainlevée des revenus de son évêché, confisqués pour défaut de résidence. Le cardinal de-la Bourdaisière mourut à Rome, le 25 janvier 1570, et fut inhumé dans l'église de Saint-Louis. (Archives nationales, Parlement de Paris,. X1" 1610, fol: 337 v°.)
(2) Celte lettre a été omise par M. de la Ferrière, qui ne donne, dans son recueil des Lettres de Catherine de Médicis, 1.11, p. 264, qu'une dépèche du méme jour au maréchal de Montmorency.
O II s'agit de l'édit de janvier 1564,. portant règlement pour la justice et police du royaume, connu sous le nom d'édit de Rous­sillon, qui fixa le commencement de l'année au 1" janvier.
(" Claude Haton, dans ses Mémoires, 1.1, p. 371-39.4, nous a laissé les plus curieux détails sur le terrible hiver de 1564, qui est resté célèbre, et dont il est question dans certains vers que reproduisent les Mémoires de Pierre de l'Estoille. Durant "le grand hyver, tuant les vieux noiers à tas et qui dura trois mois sans lascher.-, l'eau se congelait devant le feu, le vin même gela dans les caves ; il y eut plusieurs périodes consécutives de gelées, la première du 18 au 3i décembre, la seconde du 5 au 28 janvier, ia troisième et dernière du 1" au 25 février. D'après ce chroniqueur, le dégel se produisit au commencement de mars, et à Paris les glaçons ot grandes eaux endommagèrent le pont au Change et amenèrent l'écroulement de plusieurs maisons.